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Posté par Matthieu le 31/10/2006 @ 11:22 (GMT - 4)
... ou la tropicalisation, suite et fond.
Ce séjour aux Antilles correspond à mon troisième voyage en zone tropicale. Et j'ai relevé une chose commune à l'Afrique, l'Indonésie et la Guadeloupe; c'est le best-seller de la chaussure tropicale : j'ai nommé la tong en plastique.
En Belgique je suis plutôt enclin à porter des bottines. Croûte de vachette et nubuck à la ville, matière synthétique et gore-tex à la campagne, mais toujours haut de tige, de façon à supporter convenablement mes chevilles, protéger mes petits orteils de l'écrasement et la plante de mes pieds de la dureté du sol.
Mes deux premiers voyages, et l'observation des tropicaux m'ont plongé dans une intense réflexion empreinte d'une certaine forme de respect. Comment peut-on fouler le pavé toute la journée chaussé de ces ridicules langues de résine synthétique ? Ces semelles suspendue par un système douteux au gros orteil. Ces sandales n'avaient pour moi que l'objectif de protéger les pieds de la chaleur du sable et comme avantage de ne pas trop souffrir d'une immersion dans l'eau de mer. Rayon d'action présumé: la distance "coffre_de_la_voiture_sur_le_parking" - plage. J'ai vu un type grimper jusqu'en haut d'un volcan, j'en ai vu d'autres jouer au foot, ou encore faire de la moto chaussé de tongs.
Puis cette fois-ci je me suis laisser bluffer, j'ai cru que moi aussi je pouvais être l'ami des tongs, j'ai cru que moi aussi je serai un vrai habitant des tropiques, et que mes pieds ne seraient plus jamais enfermés dans des bottines qui les empêchent de respirer.
Alors un dimanche, avec Anne nous sommes descendus à Pointe à Pitre dans un grand magasin d'articles de sport. Nous avons pris notre temps, hésité entre les modèles. Les fleurs vertes fluo, ou celles à gros coeurs rouges. Nous avons finalement opté pour la sobriété d'un modèle café-crème et gris, qui, même s'il semble moins joyeux sera plus facile à accorder avec nos garde robes respectives.
Première désillusion: le maniement de la godasse. Si les locaux semble particulièrement à l'aise chaussés de leurs tongs, il faut savoir que leur déambulation est le résultat d'un savant exercice psychomoteur qui les oblige à crisper les orteils chaque fois que le pied se soulève pour éviter de perdre la chaussure. Ce travail de coordination ne permet pas d'évoluer à une vitesse supérieure à 8km/h. Exit le sprint pour rattraper le bus. De même si vous comptez conduire chaussé de tongs, comptez au moins deux semaines d'adaptation pour y arriver. En attendant pas mal de trajets se termineront pieds nus sur les pédales.
Seconde désillusion: la tong n'est pas une chaussure d'eau, mais une chaussure résistant à l'eau. La nuance est de taille. La crispation du pied évoquée ci-dessus s'appuie sur un certain coefficient d'adhésion (de frottement en réalité) entre la chaussure et la peau du pied - les_deux_surfaces_étant_sèches -. Mouillez l'une des deux, et la semelle devient plus glissante qu'une patinoire. Chaque pas devient alors une chance supplémentaire de se tordre le gros orteil ou de se fouler la cheville en déboîtant le pied se son socle.
Et enfin, en vrac:
- sur chemin boueux, à cause du clappement régulier entre la semelle et le talon, la tong vous repeindra l'arrière du mollet. C'est l'anti-garde-boue.
- sur chemin caillouteux, si vous vous cognez à un caillou, la tong s'arrête net, mais vos orteils continuent à avancer. (gargl ca fait mal !!). Il faut d'ailleurs absolument le répéter autour de vous: la tong CREE UN FAUX SENTIMENT DE SECURITE. Restez sur vos gardes, surveillez vos pas, le gros caillou vous attend au tournant.
- en côte la crispation des orteils est proportionnelle à l'inclinaison de la pente. Le risque de crampe aussi.
Après deux mois d'utilisation intensive, j'ai les deux gros orteils meurtris, et les chevilles en compote, je crois que je vais reléguer ces sal**ries de godasses au rang de pantoufle, et continuer à marcher bien chaussé ...
ou pieds nus.
Décidément, je ne serai jamais l'ami des tongs.

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